La Déesse

Je dois vous parler d’un personnage prédominant. Il est apparu en même temps que moi, si bien que je me demande parfois s’il n’est pas une de mes ombres. Cet être, je l’ai toujours senti au dessus de moi. Omnipotent, observant tous mes faits et gestes. Son existence m’a toujours oppressée. Dans le secret, je le prénomme « La Déesse ». J’ai longtemps pensé que ce sentiment était normal et que tout un chacun avait son dieu ou sa déesse quelque part. Il existait sûrement des personnes qui avaient les deux ! Ce n’était pas à exclure. Dans cette idée, toutes les divinités devaient être comme la mienne.

Douée d’amour, d’intérêt et de compassion pour moi mais aussi colérique, vengeresse et tyrannique. Capable de me choyer, de m’élever et la seconde d’après, sournoisement, Elle me piétinait. Cette dualité a toujours été une source de crainte, de terreur. La peur-panique m’a longtemps tenaillé le ventre. J’ai mis du temps à prendre conscience de ses dons et encore plus à les reconnaître. Illusion, manipulation et possession. Ces mots sonnent comme les titres d’une trilogie trempée à l’eau de rose mais ne vous y trompez pas. Cette trinité lui a donné une panoplie de pouvoirs sur moi.

J’ai longtemps essayé de la contenter. J’ai cru que cela suffirait pour ne recueillir que son amour. Comme j’avais tort ! Sa versatilité était telle que ce qui pouvait la ravir un jour, lui faisait horreur le lendemain. Ainsi, La Déesse n’a jamais été satisfaite de mon parcours, rien de ce que j’ai fait ne L’a jamais complètement honorée. Son déluge de critiques je ne le connais que trop. Il résonne encore à mes oreilles…

Est-ce que j’ai tenté de me révolter, de me libérer, d’exister en dehors d’Elle ? Sachez-le : Elle était Tout. Et par là-même, Elle était la Justice. Prête à me punir pour tout agissement qu’elle ne tolérait pas ! Sa tolérance respectait sa grande susceptibilité. Parfois, je me suis vue retenir des mots et des gestes à temps. « Parfois ».

Mes parents ont aussi fait les frais de cette Toute-Puissance. Mon père par couardise et ma mère par impuissance.  Ils se sont brisés. Ou étaient-ils fissurés avant ? C’est certain, Elle les a cassés et moi avec.

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