Métier à tisser

J’entends depuis l’enfance que « je dois » écrire ma vie parce qu’elle vaut le détour. Il paraît que le handicap se doit d’être raconté, comme si poser les mots menait forcément vers le chemin de la résilience. Pourtant, je n’ai jamais voulu l’écrire.

Plus tard, les yeux obscurs et pénétrants de ma psy me scrutant à travers leurs lunettes m’adressaient une requête : écrire l’histoire de ma vie. La feuille pourrait accueillir mes névroses et mes traumatismes.

Autant, ne rien vous cacher. J’ai signé ce pacte avec moi-même, à l’époque. Je l’ai même peint comme pour le tatouer sur les parois internes de mon crâne. Mais comme tout pacte avec moi, je n’ai rien tenu. Oh, j’ai écrit. Des bribes, des balbutiements. Des petits morceaux de peau pour tenter de faire cicatriser la chair que j’arrache toujours goulûment à mes pouces.
La plume et les mots, l’aiguille et le fil, avec lesquels je tente de me raccommoder.

J’ai un peu peur de me la jouer « Pénélope », tout de même et de retourner au point de départ à chaque nouveau jour mais tant pis. Aurais-je le courage de crocheter mes propres serrures ? « M’effracter » en quelque sorte ? Dévisager mes imperfections, mes faiblesses et mes peurs comme on dévisagerait une bête qui nous menace mais, qui nous fascine dans l’espoir fou de l’apprivoiser, de la caresser ?

Signature