• Jeunesse / Romance
  • Gallimard jeunesse, pôle fiction
  • 15 novembre 2015 (pour la présente édition)
  • 576 pp

Résumé

« J’écris ces mots assise dans l’évier de la cuisine » : la première phrase culte du roman nous plonge au cœur des années 1930, dans un château en ruine du fin fond de l’Angleterre. Cassandra, narratrice aussi romanesque que sa famille est excentrique, tient un journal émouvant et plein d’esprit. Quand deux beaux et riches Américains s’installent dans le manoir voisin, la vie au château est bouleversée… Un régal de lecture à ne surtout pas manquer, un livre qui se vit autant qu’il se lit !

Mon coup d’oeil

Lorsque j’ai acheté pour la première fois ce livre, c’était pour l’offrir à ma cousine. J’avais beaucoup aimé la couverture et le résumé m’intriguait. Je n’ai pas pu attendre qu’elle me le prête pour le lire, alors je me le suis offert.

Comment expliquer ce que j’ai pu ressentir ? C’est très difficile car ce roman est très riche en ce qu’il a de références littéraires anglo-saxonnes et d’échos à d’autres œuvres. J’avoue en méconnaître certaines et je veux prendre du temps pour les découvrir.

Pour commencer, l’écriture façon « diary » m’a séduite. Nous sommes dans les années 1930, Cassandra a 17 ans. La matière est dense, intelligente. C’est une jeune fille sensible et rêveuse. Son esprit prolifique crée des histoires et d’intéressants personnages. Cependant, elle est aussi farouchement tentée de s’accrocher à la réalité. Malgré sa tendance romantique exacerbée par le lieu dans lequel sa famille vit et l’excentricité de chacun des membres de celle-ci, elle est étonnamment rationnelle. Elle est un personnage profond, un savant mélange d’imaginaire enfantin et de maturité.

Dès les premières pages, les échos avec Orgueil et préjugés de Jane Austen et Jane Eyre de Charlotte Brontë sont flagrants. Pour la première référence, Cassandra a une sœur aînée « plus jolie qu’elle » et la situation financière de la famille n’est pas aussi « flamboyante » que ce que l’image extérieure du château renvoie. Par ailleurs, deux jeunes frères viennent habiter dans une demeure voisine. Ainsi, de nouvelles promesses peuvent voir le jour pour les deux sœurs…

En ce qui concerne la seconde, le château occupé renferme des mystères, ce qui rappelle fortement l’ambiance de Jane Eyre. 

J’ai tout de suite senti que quelque chose y était attaché. Les fantasmes romantiques et féeriques d’une jeune fille ou ceux d’un père farfelu ? Peut-être, mais pas seulement. Le château est un personnage à part entière. Il joue un rôle prépondérant au sein des liens de la famille. Tour à tour, il devient un miracle et une torture. Il est le témoin silencieux de toutes ces vies qui passent…

On pourrait dire qu’il s’agit d’une romance mais je ne l’ai pas du tout vécue ainsi. Tellement de choses se déroulent sous nos yeux, que je n’ai pas retenu l’amour comme thème principal. Selon moi, il est un moyen plutôt qu’un but. Et toute la problématique amoureuse n’est là que pour  révéler avec encore plus de force l’incarnation, l’humanité de tous les personnages.

Cassandra est évidemment au cœur de l’histoire. C’est à travers ses yeux et sa sensibilité que nous vivons les choses, que nous dessinons les autres. C’est elle qui nous révèle le monde qui l’entoure. Pour autant, je ne l’ai jamais perçue comme l’héroïne. Ce qui peut sembler étrange. Néanmoins, lorsque l’on y réfléchit, elle incarne la position de l’écrivain, puisqu’elle rédige un carnet intime.

Dès lors, par son positionnement, elle sublime tous les autres personnages. Et c’est ainsi que Cassandra se sublime elle-même, en tenant un tout autre rôle que celui de l’héroïne. C’est ce qui la rend unique. C’est la première fois que je ressens ce phénomène avec une telle pureté et une telle justesse.

L’auteur (Dodie ou Cassandra ?) fait de chaque personnage le héros de sa propre histoire. Selon moi, aucun d’entre eux n’est à reléguer au second plan car ce qui se tisse est fort et intelligent.

Ab (le chat) et Hel (le chien) ont leur place dans tout ce cheminement qui ne les concerne pas vraiment. Ils font partie des mes personnages phares après Miss Blossom qui est on ne peut plus originale et tangible. Je vous laisse la découvrir par vous-même.

Toutefois, mon préféré reste Mortmain, le père de Cassandra. Il est resté une énigme et une crainte jusqu’à la fin. Indiscernable, entre espoir et désillusion.

En outre, des réflexions, des remarques psychologiques et sociologiques se dessinent en filigrane. Cassandra, malgré ses préoccupations de jeune fille perçoit avec clarté et lucidité certaines problématiques de sa société et de son époque. Peut-être, à peine perceptibles mais présentes.

Alors que je pense avoir tout dit, d’autres impressions refont surface mais je ne peux décemment tout vous dire. Explorez ce livre ! Ressentez-le, vivez-le !

Je n’ai eu aucun regret. Il restera marquant pour moi.

©Signature