• Psychologie
  • Le livre de Poche
  • 17 octobre 2001
  • 763 pp

Résumé

Chaque femme porte en elle une force naturelle, instinctive, riche de dons créateurs et d’un savoir immémorial. Mais la société et la culture ont trop souvent muselé cette  » Femme sauvage » afin de la faire entrer dans le moule réducteur des rôles assignés. Psychanalyste et conteuse, fascinée par les mythes et les légendes, auteur également du Jardinier de l’Eden, Clarissa Pinkola Estés nous propose de retrouver cette part enfouie, pleine de vitalité et de générosité, vibrante, donneuse de vie. A travers des « fouilles psycho-archéologiques » des ruines de l’inconscient féminin, en faisant appel au traditions et aux représentations les plus diverses, de la Vierge Marie à Vénus, de Barbe-Bleu à la petite marchande d’allumettes, elle ouvre la route et démontre qu’il ne tient qu’à chacune de retrouver en elle la Femme sauvage.
Best-seller aux Etats-Unis, ce livre exceptionnel est destiné à faire date dans l’évolution contemporaine de l’identité féminine.

Mon coup d’oeil

Cela va être très difficile pour moi de parler de ce livre. J’ai peur de tomber dans l’exposé, ou la dissertation. Alors, je vais essayer de vous raconter une histoire.

Il y a très longtemps, la semaine dernière, j’ai perdu quelque chose. J’en ai perdu plein à bien y réfléchir. Seulement, il y a quelque chose d’important que j’ai vraiment eu la sensation de perdre. Je suis remplie d’énergie, de pouvoir, d’espoir et de force et l’instant d’après, je suis dépossédée, vidée de cette puissance. Je n’ai pas compris, à l’époque. J’ai pensé que cela faisait partie de la vie. De perdre, de se voir dérober des choses magnifiques. De grandir.

Et j’ai compris. Avec Pinky (C. P. Estés). A cette époque de l’abondance, je m’étais pleinement connectée à ma nature instinctuelle sauvage. J’avais découvert ou redécouvert une force immense. Ma créativité, mes idées venaient à moi pendant mon sommeil. Elles chantaient et m’apparaissaient en flashs. J’avais rencontré quelque chose. J’avais rencontré quelqu’un en moi. Je me sentais presque invincible, même si parfois, j’avais des doutes, je jouais comme une enfant libérée des jougs du jugement, de la critique, j’étais bien. Dans cette créativité quotidienne.

Et puis, j’ai rencontré un voleur. Il a réveillé des mots, ceux d’autres prédateurs, qui ont toujours été là :

« Tu n’y arriveras pas, tu n’es pas assez bonne, tu n’es pas assez audacieuse. Tu es stupide, insipide, vide. Tu n’as pas le temps », p.130

Exactement comme dans le conte de Vassilissa. Et le pont jusqu’à mon intuition a été détruit. Pas complètement, la femme sauvage a persisté. Elle a murmuré encore, elle a gesticulé pour que je l’entende et la remarque. Une vibration, un chant profond presque muet mais qui me secoue les os. Toujours.

J’ai souvent tenté de la retrouver entièrement. Mais sans succès, encore aujourd’hui, je suis sur son chemin. Le réapprentissage est rude, tellement les freins conscients et inconscients sont nombreux. Femmes qui courent avec les loups est une lecture introspective, elle fouille dans notre boue et dans nos restes, nos dépouilles ; elle est révélatrice, elle ôte le voile et on y voit la mort par-delà la peur. Et par-delà la mort, il y a la vie, de nouveau. Toutefois, elle est obscure et souterraine, je n’étais pas sûre de comprendre. Et si vous le lisez, vous ne comprendrez pas forcément les mots sous vos yeux. Mais lisez-les, car même s’ils ne vous parlent pas à vous, ils s’adressent à quelqu’un de caché au plus profond de vous. Quelqu’un que vous avez oublié. La femme sauvage. Cette femme qui ose, qui danse nue au clair de lune, qui chante, qui hurle comme une louve, qui griffe et montre les crocs. Cette femme qui donne la vie, qui la reprend, et qui la réinsuffle. Cette femme sans peurs, libre qui aime, qui n’aime pas. Cette femme qui sait.

Elle est là, en nous. Même si nous nous sentons muselées, étouffées, humiliées. Elle attend que nous venions à sa rencontre. Quelques soient les détours, les blessures et les souffrances qui nous retiennent. Elle est là.

Cet ouvrage nous reconnecte à nos cycles féminins,  à accepter les hauts et les bas de la vie. A voir et sentir, en soi, en l’autre, en l’amour de soi, en l’amour de l’autre. Cet ouvrage nous reconnecte à la beauté, à nos émotions et à notre corps.

« Elle [La femme Squelette ou femme sauvage] lui montre que le chemin du cœur est celui de la création, et que la création est une série de naissances et de morts. Elle lui apprend que se protéger ne conduit à aucune création, pas plus que l’égoïsme ne permet de créer, ni le fait de s’arc-bouter et de pousser des hurlements. Seul le cœur, lorsqu’il est donné, seul ce grand tambour, ce grand instrument de la nature sauvage peut créer ». p. 237

« On ne peut dire du corps qu’il est censé être comme ci ou comme ça. Ce qui compte c’est de savoir si ce corps éprouve du bonheur, de la joie, du plaisir, s’il est en contact direct avec le cœur, avec l’âme, avec le sauvage. S’il bouge et danse à sa façon. C’est cela et rien d’autre », p.299

Pinky, nous propose, non pas obligatoirement des solutions mais des processus de guérison. Un nouvel angle, une vision influencée par les figures ancestrales de la femme. Nous apprenons donc à nous voir autrement, à penser que nos impulsions qu’elles soient sauvages, créatives, créatrices, sensuelles, sexuelles sont naturelles, instinctives ! Elles font parties de nous. Pinky nous apprend qu’il est salvateur de travailler pour nous libérer des entraves familiales, culturelles… Pour libérer la famille, la culture et les femmes qui nous suivent.

Vaste programme, qui ne saurait toucher chaque lectrice, chaque lecteur. Mais entre ces pages, il y a tout de même des messages forts qui ne peuvent laisser insensibles.
Pour moi, Femmes qui courent avec les loups a été une révélation, une lecture de fond longue, compliquée et merveilleuse. Je suis encore loin d’avoir tout imprégné, et encore plus loin de mettre les choses à exécution, d’écouter. Il y a des pièges toujours présents. Mais, tout cela macère, des ponts se construisent…

 » Pour créer, il faut être capable de réagir. La créativité, c’est la capacité de réagir à tout ce qui nous entoure, de choisir parmi les centaines de pensées, de sentiments, d’actions, et de réactions qui naissent en nous et les rassembler en une réponse, une expression, un message unique qui va transmettre un sens, la passion, l’esprit du moment […].
On n’agit pas, on ne dit rien, on ne fait rien, on n’existe pas », p. 433.

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