• Slice of life
  • Le Verger Editeur
    Coll. Sentinelles
  • 3 octobre 2017
  • 160 pp

Résumé

« Croyances ou pas, on a besoin de Fades ! Sans féerie, la vie, ça s’effiloche. Si tu penses qu’avec du raisonnable ou du rationnel on peut porter l’histoire humaine, tu te trompes. »

Agnès vit seule, dans un village du Sud. Elle guette l’invasion annoncée du frelon asiatique. Pas de transports, peu de travail… Adrien, l’apprenti boulanger, est tombé à vélo au petit matin. Il a vu une fée, une « fade ».

Hallucination ou féérie ? Vraies ou fausses, passées ou présentes, les fades savent révéler le passé d’un pays, et les liens qui nous unissent les uns aux autres.

Mon coup d’oeil

Je suis tombée sur Frelons de Jackie Macri lors du festival du livre de Mouans-Sartoux (octobre 2017). Je n’en avais pas entendu parler mais j’ai tout de suite été attirée par son titre mais pas que… Ne trouvez-vous pas la couverture épurée, captivante ? Pour ma part, totalement ! Et comme une couverture appelle presque toujours la quatrième de couverture, le résumé de ce livre a fini par me persuader.

J’avoue avoir mis du temps à me lancer dans cette lecture, je n’avais pas la tête à lire un roman, à ce moment-là (ce qui est toujours un peu le cas, aujourd’hui). Toutefois, j’ai bien fini par l’entamer. Pour tout dire, j’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire. La forme du récit est particulière, on navigue entre focalisation externe et interne. Il y a un jeu entre la première et troisième personne du singulier. Mais je certifie qu’une une fois habituée, la lecture devient facile.

Je me suis sentie proche d’Agnès, le personnage « principal ». Je mets des guillemets car, dans ce récit, je n’ai pas ressenti de hiérarchie franche entre les personnages. Ils sont tous les protagonistes de leurs histoires personnelles. Et celles-ci s’entrecroisent vraiment bien. J’aime ressentir ces connexions dans un récit. Pour en revenir, à Agnès, je me suis identifiée à son expérience de la solitude, à  ses craintes… Ce qui m’a profondément déroutée et marquée.

« Elle sait que de l’autre côté de la Terre, c’est le moment du fracas ; celui des cyclones et des pluies diluviennes, celui d’un volcan en éruption ou celui des bombardements et des pleurs d’enfants, quel que soit l’hémisphère », p.34

« Je les entendais ces chants, à l’unisson, survoler la plaine. Le ciel s’animait comme au retour des grues cendrées. Les Mohawks avaient soulevé la dalle, lourde de tant d’années de renoncement, ils s’étaient levés, debout contre l’outrage. Je n’ai jamais réussi à me dresser au-delà de ma taille », p.35

Au travers d’Agnès, la sensibilité s’exprime. Malgré son isolement, j’ai l’impression qu’elle se sent relié à l’Humanité. Et beaucoup de ses impressions ont eu un écho. Beaucoup de passages ont eu un écho. Je ne peux qu’aimer lorsque des phrases ici et là ne me laissent pas indifférente.

L’histoire racontée est toute simple, elle est Humaine. Proche du lecteur. Elle est magique car l’Humanité est magique quand elle est « connectée ».

Agnès est seule mais elle va apprendre à ressentir la vie quand elle va se lier vraiment, profondément avec les autres. Des battements cœur à l’unisson. Le passage fort pour moi, c’est justement un moment d’unisson. L’instant où Agnès lâche prise. Lorsqu’elle échange avec Francis (un ami d’enfance si on peut dire) leurs souvenirs. Ce partage éclate en fou rire… Je vous laisse le découvrir !

Ce qui m’a plu aussi (parce que j’en suis une grande fan), c’est ce flou entre réel et fantastique. Une légende colore la vie des personnages : l’existence des Fades (je vous laisse le soin de découvrir le lien entre cette légende et le mot « fade » en lisant le livre). Agnès en est-elle une à son insu ? Sublime doute. Et les passages qui l’accompagnent aussi…

« Croyances ou pas, on a besoin de Fades ! Sans féerie, la vie ça s’effiloche. Si tu penses qu’avec du raisonnable ou du rationnel on peut porter l’histoire humaine, tu te trompes. Sans rêves et sans mystères, on finit par marcher à quatre pattes et on oublie de relever la tête », pp. 79-80.

Frelons est un roman poétique et plein d’espoirs, il raconte comment une humanité renoue avec d’autres, comment l’Humanité renoue avec elle-même, comment chacun de nous prend conscience qu’il est l’Humanité.

Il y a quelque chose de foncièrement « résistant », au sens d’opposition, de soulèvement, dans cette histoire. A travers, la menace du frelon asiatique, à travers le symbole que représente les Mohawks, à travers le dépassements de nos craintes…

Je vous encourage à découvrir cet ouvrage et l’écriture de Jackie Macri.

« Du sol montent des torsades de brume qui prennent attache au ciel et retournent à la terre, en dispersant les souffles de vie. L’haleine du monde. Qui, de la terre ou du ciel, produit cette respiration lente et mesurée ? », p.101

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