• Récit initiatique
  • 10/18
  • Edition 2007
  • 638 pp

Résumé

Kafka Tamura, quinze ans, s’enfuit de sa maison de Tokyo pour échapper à la terrible prophétie que son père a prononcé contre lui. De l’autre côté de l’archipel, Nakata, un vieil homme amnésique décide lui aussi de prendre la route. Leurs deux destinées s’entremêlent pour devenir le miroir l’une de l’autre tandis que sur leur chemin, la réalité bruisse d’un murmure enchanteur. Les forêts se peuplent de soldats échappés de la dernière guerre, les poissons tombent du ciel et les prostituées se mettent à lire Hegel. Conte initiatique du XXIe siècle, Kafka sur le rivage nous plonge dans une odyssée moderne et onirique au cœur du Japon contemporain.

Mon coup d’oeil

Kafka sur le rivage laisse une empreinte, un souvenir fort même s’il s’atténue tout au long des ans qui passent. Comme un fantôme qu’on ne voit pas, mais qui nous hante par sa présence. Un fantôme qu’on discerne mal mais qu’on ne peut oublier, qu’on sent nous traverser encore…

Ma première lecture de ce récit date d’il y a dix ans. J’avais été totalement bouleversée par ce livre et par l’écriture de Haruki Murakami que je découvrais pour la première fois. Subjuguée, il m’a laissé une impression puissante dans le cœur. Pourtant, peu à peu, ses contours se sont brouillés et inévitablement, j’ai souhaité le relire.  Alors, me voilà dix ans plus tard, vous confiant ma seconde impression. Peut-être moins ébranlée mais toujours aussi admirative et fascinée.

Préparez-vous à une plongée onirique dans l’inconscient. A un voyage dans le psychisme aussi tangible que le monde matériel. Comme une superposition de dimensions, la frontière entre le réel et l’imaginaire devient floue sous l’écriture de Murakami. Existe-t-elle vraiment, cette césure ? Toute la question est là.

Qu’est-ce qui est réel, qu’est-ce qui ne l’est pas ? Qu’est-ce qui a du poids et qu’est-ce qui n’en a pas ? L’imagination, de part sa virtualité, nous désengage-t-elle de toute responsabilité ? N’appartient-elle qu’à nous ? Voilà les questions que pose cet ouvrage, entre autres…

Mêlant tragédie grecque dans une décalcomanie du mythe d’œdipe, la légende du joueur de flûte et autres influences mythiques de nos rapports à « l’au-delà », nous sommes confrontés, ici, à notre inconscient collectif et à nos croyances. Y a-t-il une destinée, une fatalité qui dirige nos vies ? Sommes-nous déterminés par des malédictions – des mots mal dits qui nous poursuivent – ? Nous nous rendons compte que nous ne sommes pas juste cet être qui naît, vit et meurt. Nous sommes la somme de toutes les blessures, de tous les fantômes, de toutes projections qui nous touchent ou nous traversent.

Tout est ramifié, connecté. Nous sommes plusieurs humanités en un seul être…

Si vous décidez de lire cet ouvrage, sachez qu’il n’est pas innocent. Il ne nous fait pas passer le temps. Au contraire, il l’étend, il l’alourdit. Cette histoire nous secoue le corps, le cœur, l’esprit et l’âme. Elle nous accuse et nous questionne, elle nous dérange parfois et nous fait violence. Mais elle vaut la rencontre et l’expérience. Alors prenez le risque, si vous n’avez pas déjà osé.

Kafka sur le rivage est un de mes livres phares. Un repère dans ma bibliothèque à parcourir encore…

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