Nous oublions. La vie reprend place. Elle déploie ses ailes, occupe l’espace. Elle nous pousse dans sa course. Nous oublions. Nous rebondissons. Sur ses formes rondes et chaleureuses. Nous glissons. Dans ses creux souples. Nous nous heurtons, nous nous cognons à nos peurs nourries de désillusions. Ces murs armures. Tout autour de nous, acérés, saillants. Nous nous blessons. Dans notre course à la vie. Englobés, nous avons oublié.

Et une seconde suffit. Une déchirure, dans cet espace, ce temps.
Un objet. Des éclats de rires. L’image surgit. Sa façon d’ouvrir une bouteille de vin avec un tire-bouchon. Sa lutte avec le liège récalcitrant. Et ce son savoureux quand il la remporte.
Son faux rire moqueur pour nous piquer. Pour harponner les nôtres, les vrais, sans raillerie.

Son regard malicieux ou courroucé. Ses bouderies et ses colères.
Son odeur. Sa haute taille. Et ses néologismes.
Tout cet amour qu’il ne savait montrer.
Tout cet amour qu’il donnait.

Dans cet espace-temps déchiré. Une porte entrebâillée. Moi aussi, je souhaite lui dire : « Je t’aime ».

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