• Adolescence / Science-Fiction
  • Thierry Magnier Editions
  • 5 avril 2017
  • 304 pp

Résumé

Gaëlle a choisi d’être femme, Flo hésite encore. Matt, lui, sait que dans trois mois, il deviendra un homme. Dans cette société, tous les enfants naissent hermaphrodites. A seize ans, les adolescents doivent choisir leur sexe. Tous, sauf ceux atteints d’une déficience qui les condamne à un autre destin. On les appelle les Porteurs. Matt découvre qu’il est l’un de ceux-là. Mais que cache vraiment la déficience des Porteurs ? Pourquoi l’Etat les tient-ils sous haute surveillance ? Une formidable histoire de manipulation, de secret d’Etat, et bien entendu d’amour. Ce premier roman est le premier volume d’une trilogie.

Mon coup d’oeil

J’ai tenté un concours en ligne pour gagner cet ouvrage, la première fois que j’ai aperçu sa couverture. J’avoue qu’à ce moment-là, je ne connaissais pas du tout l’histoire. J’avais juste été attirée par le titre, l’illustration et les symboles qui laissaient mon imagination créer sa propre histoire. J’ai perdu le concours et ce n’est qu’après quelques mois que je me suis décidée à acquérir le livre.

J’ai amorcé la lecture mais il m’a fallu un laps de temps avant de m’y plonger. Cela venait de moi, ma frénésie était amoindrie et je souhaitais vraiment lire avec envie. Dès que je me suis posée pour ouvrir « Les porteurs » avec sérieux, je me suis laissée porter. J’ai trouvé l’idée tellement originale !

Si nous avions eu la possibilité de grandir sans les influences liées aux stéréotypes de notre genre, si nous avions eu la possibilité d’être neutre et donc de choisir notre sexe, qu’aurions-nous décidé ? Cette liberté entraperçue m’a fait pensé aux polémiques qui touchent les enfants (et les adultes) transgenres.

On peut se sentir homme alors que notre corps est censé devenir celui d’une femme ou inversement, et pourtant, ce sentiment est le plus souvent vu comme contre-nature, à l’instar de l’homosexualité ou de la bisexualité… Par conséquent, l’histoire permet au lecteur de légitimer toutes ces questions. Ces sensations, ces sentiments. Cela ne m’étonne pas de trouver ce livre chez Thierry Magnier Editions (que j’adore !)

Bref, je vais peut-être enfin parler de ma lecture, non ? Vous en dîtes quoi ?

Malgré mon introduction, attention, il ne faut pas croire que la société dans laquelle vivent Matt, Gaëlle et les autres est ouverte et tolérante. Chaque être humain a apparemment le choix de son sexe une fois l’âge de seize ans atteint. Cependant, il faut choisir, homme ou femme. Il n’y a pas d’autres alternatives possibles et cela m’a un peu chagrinée mais il y a deux autres tomes à venir, alors…

De fait, le cas de Flo, au départ m’a émue, car c’est un personnage qui n’a pas de préférences et qui ne veut pas choisir. Mais justement, si un adolescent ne suit pas les étapes établies pour déterminer sa sexuation, il devient un grain de sable qui grippe le rouage bien huilé du système. Que cache donc ce système ? On sent – avant même la problématique que va vivre Matt – un malaise, un mensonge de la part de l’Etat. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.

Ainsi, Matt découvre qu’il est porteur d’une maladie qui contraint tous ses projets d’avenir. Cette annonce va le propulser dans une spirale assez inattendue. Il doit suivre un traitement dont il ignore réellement les tenants et les aboutissants. La parole médicale apparaît comme l’unique vérité possible.

Pourtant, dans le même temps, Gaëlle sa petite amie lui ouvre une nouvelle alternative tout comme Lou, cet homme énigmatique et mystérieux qui suscite tant de questions chez Matt et chez le lecteur. Pour ma part, ce personnage attractif mais secret a autant éveillé ma fascination que ma méfiance. Surtout suite à une réplique :

« Il faut croire que ton corps en a décidé autrement », p.192

Alors la liberté de choisir si originale dans l’histoire est balayée ? Autant vous dire que toutes les choses concernant Lou sont imprévisibles, et ce jusqu’à la fin… Attendez-vous à être quelque peu scotchés !

Que de rebondissements dans ce premier tome et de questions en suspens ! C’est un récit à l’écriture pure, qui se lit facilement mais dont les sujets sont traités de façon très matures. Il est vrai que certaines réactions chez les personnages apparaissent légèrement puériles mais il faut se rappeler qu’ils ont seize ans environ et qu’ils vivent tous une puberté particulière. Donc ils sont dessinés justement.

Mon préféré reste Matt, je le trouve autant héros qu’antihéros. Son don de la fuite et ses hésitations me l’ont rendu attachant. Comme je l’ai dit précédemment, Flo aussi est un personnage qui m’intéresse, j’espère qu’il me ranimera un peu dans les tomes suivants. Théodort et Josef m’intriguent, j’ai hâte de découvrir pleinement leur rôle. Je reste perplexe face à Lou, et malgré toutes les qualités de Gaëlle, je n’ai pas réussi à l’aimer plus que ça.

Je n’en ai pas parlé avant, mais les relations parents/enfants ont un rôle primordial dans l’histoire. Je trouve que l’acceptation et le respect teintent toutes les familles décrites.

Bon vous l’aurez compris après cette longue chronique, je recommande vivement la lecture de ce roman ! Novembre 2017, le tome 2 apparemment, j’ai hâte de me l’offrir !

Les petits plus sont (pour moi) le côté un peu ésotérique avec la présence des cartes du tarot de Marseille en fil rouge, le phénomène de projection astral (conséquence médicale ?), le style d’humour qui tire un sourire voire un petit éclat de rire, et l’écriture de C. Kueva qui apparaît parfois sensitive :

« Un rayon de soleil traversa la vitrine et vint réchauffer mon épaule », p.198

A la lecture de ce genre de phrases c’est comme si je ressentais exactement la même sensation. C’est exquis.

P.S : Cette chronique a été écrite sans connaissances de l’extrait du tome 2 proposé en fin d’ouvrage.

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