• Drame
  • Les Enfants Rouges
  • 7 septembre 2017
  • 88 pp

Résumé

Luna ne veut pas être belle.
Elle ne met pas de robes, elle ne sourit pas.
La nuit, Luna se cache sous d’énormes coussins.
La nuit, Luna a peur.

Mon coup d’oeil

C’est le 8 octobre 2017, je furète les stands du festival du livre de Mouans-Sartoux. Irrésistiblement, je suis attirée par celui des éditions Les Enfants Rouges. Cette année, c’est sûr, je me laisse séduire. Un coup d’oeil et déjà plusieurs ouvrages m’attirent et parmi eux Luna la nuit d’Ingrid Chabbert et Clémentine Pochon. Le titre m’a rappelé un autre livre : Au clair de la Louna de Kochka. Mais je vous le confie tout de suite, les deux histoires sont totalement différentes. La couverture de Luna la nuit a laissé le pressentiment d’une histoire forte, intense et difficile… Que restait-il pour m’inciter à la lire ? Les mots passionnés de Nathalie.

Alors me voilà lancée et tout de suite touchée par la poésie d’Ingrid Chabbert. Légère, subtile, elle ne crie pas. Elle se cache dans de petites phrases…

« Mais les coussins, ça n’isole pas des cris du silence », p.4

Quelle angoisse s’empare de la petite Luna, la nuit ? Quelle peur la pousse à ne pas sourire, à ne pas vouloir se trouver belle ?

Un monstre la hante le soir venu et s’attache à elle tout le jour. Il lui dérobe sa vie et son enfance, il la happe et la retient entre ses doigts crochus.

Luna-la-nuit-p13

Les illustrations pures de Clémentine Pochon expriment magnifiquement bien le malaise de la petite fille. Leurs traits simples ont de la force. J’ai totalement adhéré au mélange bichromie noir/blanc et à la colorisation de certains éléments.

Je me trompe peut-être mais parfois la couleur a eu un effet enveloppant presque protecteur.  En un sens, elle reflète l’esprit créatif de Luna, l’expression de son enfance toujours vivante. La couleur comme une échappatoire à la peur. Surtout quand elle rêve de son énOoOorme chien !

En tous cas le monde des adultes est fracturé, comme le révèle la frontière qui sépare la maîtresse d’école de la petite fille. L’isolement s’illustre avec force. La fuite, la douleur, la peur encore et toujours, la solitude s’amplifient de page en page.

Où est l’allié(e) ?

« Je t’en veux pas, je sais que c’est pas ta faute si t’es pas venue me chercher », p.53

Marie, la fille du père de Luna, respire la même souffrance que la petite héroïne. Un personnage en noir et blanc, comme une ombre. L’ombre d’elle même. Comme la mère de Luna, finalement. Toutefois, il y a toujours un peu de couleur dans leur monde, il y a toujours un peu d’espoir, par ci, par-là. J’ai adoré le moment où Luna accroche un poster dans la chambre de sa grande sœur. J’ai adoré le texte qui va avec :

« Pas grave, vaut mieux une vue de travers mais belle que droite mais moche… », p.62

Petit à petit, on avance dans le cauchemar de Luna. Pas après pas, on pénètre dans sa nuit. Et que dire de l’image de la page 80 ? Celle qui lance un compte à rebours interne, celle qui perturbe, celle qui réveille le pressentiment latent en nous depuis le début du livre…

Malgré les soupçons, on se prend un uppercut brutal quand le monstre se révèle enfin. La nausée est saisissante. Et on reste avec elle un bon moment une fois que les pages sont refermées. Toujours un peu sonné par l’horreur suggérée.

Les mots d’Ingrid Chabbert ont juste ce qu’il faut. Ce sont les bons. Ils se marient très bien avec le trait pur de Clémentine Pochon.

Je ne peux que vous pousser à découvrir ce bel ouvrage. Mais il faut être bien conscient que le sujet est difficile. L’histoire de Luna est dure, triste mais importante. A vous de voir si vous franchissez le pas pour découvrir cette pépite.

Le petit plus : la citation très bien choisie et bien placée du poème Nuit de Victor Hugo.
Merci, Clémentine Pochon, pour la dédicace illustrée !

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