• Psychologie
  • Editions du Seuil, coll. « Points »
  • 2 octobre 2014
  • 160 pp

Résumé

« Elle claque comme un coup de fouet. Elle jette à l’écart de soi, loin des mots, de la raison, hors du sens. Les sentiments n’existent plus, elle occupe toute la place. Nue comme le fil d’une lame. Ce n’est pas seulement la gorge qui se rétrécit, la respiration qui se bloque, l’asphyxie qui gagne, c’est un écartèlement de tout l’être, une dépossession de soi, la sensation d’une mort imminente… »

Mon coup d’oeil

Je dis souvent des livres que je lis qu’ils sont à vivre.

Ici, ce livre est à sentir et à ressentir physiquement pour tenter de comprendre l’angoisse, mais la comprend-on vraiment si on ne l’a jamais vécue ? On peut seulement la découvrir et imaginer la vivre grâce au livre de Lydia Flem.

L’écriture est corporelle, elle s’incarne dans la respiration obstruée, l’emballement du pouls et de l’esprit. J’ai retrouvé un peu la matière de Marguerite Duras.

Une écriture qui nous mène jusqu’à la frontière de l’irrationnel, vers l’idée d’une mort vivante qui s’égraine, pousse, étendant ses rhizomes dans les moments d’accalmie pour mieux nous faucher ensuite.

Quelle est cette maladie invisible ? A qui raconter cet air qui manque, cette oppression, ces pensées envahissantes, ce vertige, cette accélération de l’angoisse, cette panique qui abolit tous les repères ? Tout se brouille, plus rien n’existe. Je suis en alerte maximum comme si je devais échapper au plus vite à un danger mortel. Alors qu’il n’y a rien, absolument rien à redouter.
Est-ce de la folie, est-ce du malheur ?, pp. 97-98

Dans cette spirale qui paraît sans issue, l’espoir s’amenuise, il étouffe. Et nous avec.

Je suis dispersée. Je voudrais me rassembler, reprendre possession de ma raison, de mon calme, de mes idées. Quelle humiliation de se voir anéantie dans sa liberté de penser, d’agir. pp. 105 – 106.

Lydia Flem nous emmène sans filtre dans cette idée de mort consciente. Au fil des chapitres qui s’écoulent dans le temps, des minutes et des heures, les crises sont brutales.

Le temps n’était qu’une toile de fond, une arrière-scène banale, mais un mystère sans maîtrise, une puissance déréalisante, p. 107 

L’espace et le temps sont disloqués comme le corps et l’esprit. Le récit est un léger écho à cette dislocation. Les chapitres révèlent différentes focalisations.

L’auteur passe du « elle » au « je ». Y a-t-il plusieurs personnages, ou s’agit-il de la même femme ? Dans son passé, dans sa première crise ? Et dans son présent alimenté par l’angoisse ? Personnellement, c’est ce que je crois. Cela ajoute à la confusion et à la force de l’histoire.

En outre, par les critiques d’œuvres d’art miroitent des questions psychologiques fortes : l’identité, l’existence, le rapport à la famille, au genre, à l’homme et à la femme…

Ce « petit » livre ne manque pas de profondeur et d’intelligence. Il est à découvrir pour ceux qui connaissent ou pas l’angoisse pure et brutale. Donne-t-il des clés ? Je ne le dirai pas comme ça, mais les dernières pages promettent  peut-être un axe salvateur ?

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