• Slice of life
  • Les Enfants Rouges
  • 20 avril 2017
  • 72 pp

Résumé

Elle n’avait jamais vu ce garçon. Pourtant il était dans sa classe. Elle n’avait pas fait cela par méchanceté. Plutôt par indifférence. Ce qui est trop différent de soi, inconsciemment ou non, on fait tout pour ne pas le voir.
Et puis un jour, il vient lui parler. Pour elle, rien n’est plus comme avant. Maintenant, elle le voit, elle s’interroge sur lui, elle le sublime jusqu’à en tomber amoureuse, malgré elle, malgré tout ce qui les sépare.

Elle est populaire mais pas sûre d’elle.
Lui se moque de tout.

Deux existences comme il y en a tant. Des vies un peu bancales, auxquelles les personnages essaient de redonner un équilibre, chacun avec ses armes et sa beauté intérieure.

Mon coup d’oeil

Alors ça y est, c’est le moment de mettre mes mots sur la lecture de Pierrot aux poches crevées ! Ben, me voilà dans de beaux draps !
J’espère ne pas gâcher l’effet que cet album a eu sur moi avec des palabres creuses…

Avant de commencer, il faut que vous sachiez qu’à ma première lecture, j’ai été tellement secouée par cette histoire que je n’ai rien pu écrire. Il a fallu que je la digère.
J’ai pris le temps de feuilleter, de toucher les pages, et de contempler les douces illustrations de Mathieu Bertrand, pour m’y laisser prendre, pour m’en imprégner.

Quand il a fallu prendre des notes pour cette chronique, j’ai bien cru que j’allais citer tout le bouquin tellement l’écriture de Mary Aulne a vibré, résonné en moi. Juste en guise d’exemple, les pages annotées : p, 1, p.4, p.7, p.9, p.12… Bref, vous avez compris l’idée !

Ecriture poétique, métaphorique, si bien qu’il y a deux types d’images dans cette oeuvre. Sublime métaphore du sculpteur…
Ecriture sensitive comme j’aime. La psychologie de l’héroïne est authentique. A certains moments, j’ai cru me perdre dans mes propres souvenirs, dans mes propres mécanismes de pensées auxquels je tente d’échapper encore aujourd’hui. Je me suis pris une vague de mélancolie en pleine poire ! Et mon cerveau a bien pédalé devant ce phénomène d’identification … J’ai bien réfléchi !

Ce récit est un monologue intérieur magnifique, avec toutes sortes de projections, d’interprétations. Il nous offre la perception interne et cérébrale d’une jeune fille appréciée mais qui n’a pas confiance en elle. Ligotée mais aussi protégée par le paraître, le jugement des autres, réussira-t-elle à déployer ses ailes et s’envoler comme l’oiseau que nous rencontrons page après page ? Réussira-t-elle à être pleinement elle-même ?

Pierrot-p6

 

« Cela résonne en moi comme une fêlure », p. 12

Le personnage oscille entre attirance et détestation, les revirements sont nombreux. Une sorte de danse sur fond de coup de foudre qui se joue en solitaire.

« Tu es arrivé à pas de loup. Au bord du gouffre de mes doutes », p.14. 

Récemment, une amie m’a dit : « Les coups de cœur, les coups de foudre… C’est ça être vivante ».  Je pense que l’héroïne fait cette expérience de se sentir vivante… Elle prend conscience de son âme, de son esprit et de son corps dans ce laps de temps que dure l’histoire. Elle apprend sur elle plus que sur l’objet de son « obsession ».

« Parce que dans un rêve, on peut tout », p.27

Le récit révèle toute la puissance des convictions intimes. « C’est trop tard » ou « On est tellement différents », finalement ce ne sont que des certitudes personnelles qui ne se confrontent pas au réel. Elles sont couvées en nous et éclosent tranquillent sans trouver d’opposition. Est-ce qu’elles ne nous donnent pas des raisons pour esquiver, fuir ou rater complètement les rencontres ? Des excuses pour ne pas oser et passer complètement à côté ?

Bref, depuis quand suis-je partie dans une disserte de philo ? En tous cas, l’histoire m’inspire ! Elle est riche et intelligente. Que de références littéraires ! Merci Mary Aulne !

L’effet sépia au niveau de la colorisation est superbe, il ajoute de la rondeur, de la délicatesse aux illustrations et renforce plusieurs ressentis. Tout d’abord, la mélancolie qui m’a saisie en a été sûrement plus intense et, je ne sais pas comment l’exprimer mais il appuie aussi l’irréalité du fantasme.

En tous cas, texte et dessins s’harmonisent naturellement dans cet album. Un beau travail de deux artistes. Mention spéciale pour les illustrations pleine page (ou double page) et les « zooms » (gros plans, je ne sais pas comment dire) de Mathieu Bertrand.

« Nous marchons un peu. Les yeux volcans penchés vers moi. La lave sur mes joues », p. 51

C’est un véritable coup de cœur. A lire et contempler sans modération !!

©Signature