J’ai donc repris ma balade et me suis surprise une nouvelle fois à respirer les embruns jusqu’à déployer mes poumons. Pendant le cheminement, j’ai entendu le cri d’un oisillon.  Sur le merlon du crénelage, un oisillon était en plein monologue. Aucunement effrayé par ma présence, j’ai eu envie de discuter un peu avec lui, en faisant fi des passants.

dscf2195Un bon moment est passé, j’ai donné des mots pendant que la jeune mouette partageait de petit cris avec moi. Notre conversation a été interrompue par l’arrivée d’un groupe de touristes intéressés par le volatile. Je n’avais pas envie d’être mêlée à l’agitation, je me suis éclipsée.

J’ai cherché le restaurant « A la duchesse Anne »conseillé le guichetier de l’aéroport niçois. Après un dédale de pavés, je l’ai trouvé. Malheureusement, c’était fermé.

Ne souhaitant pas trop tourner pour trouver un coin de sustentation, je me suis posée dans une crêperie pas loin. Je ne me souviens plus de son nom mais je peux vous dire que je n’ai pas mangé les meilleures des crêpes bretonnes… Trop cuite, elles m’ont laissé un goût de brûler dans la bouche.

Je n’ai pas perdu de temps et je repris ma visite en repassant par les remparts. Envie de m’imprégner encore de l’atmosphère et d’attendre la marée basse pour explorer la plage. Sur le chemin de ronde, un petit garçon se couche et le bloque de toute son énergie. Quand j’arrive plus près de lui, sa mère l’a déjà fait se lever. Dommage, j’aurais bien voulu saisir cette occasion pour lui adresser la parole.

Je passe à l’endroit même où il reste la mémoire de son acte. Peut-être que dans un monde parallèle, il ne s’est pas encore décollé de la chaussée. Peut-être que je lui parle à l’instant même où je marche sur son empreinte…

Son grand frère le bouscule gentiment, le pousse à jouer mais le jeune garçon n’en a plus envie.

« Je ne joue pas, Hugo ».

 

Je tourne, je vidscf2186re, mes pas s’entremêlent mais j’aime me perdre. Dans les créneaux, je trouve les canons. Et sur l’un d’entre eux, un bouquet de fleurs posé comme un message de paix. Je me laisse submergée par le vent.

Un enfant sur les épaules de son père me dépasse. Il me regarde et je lui souris en
lui faisant « coucou ». Il me répond lui aussi par un beau sourire et continue de chercher mon regard. Une journée sublimée par l’enfance, çà et là, dispersée.

Dans ma descente sur la plage libérée de la mer, l’étendue m’a fauchée. L’immensité prolongeait mon corps et mon âme. J’avais envie de courir comme une gamine, sentir la vie circuler et l’énergie se décupler en moi.

Le vent affolait mes cheveux. Si j’avais pu le laisser me porter, je l’aurais fait. Si j’avais pu me dédoubler pour aller dans tous les sens, je l’aurais fait. Mais je suis restée tranquille et j’ai laissé ce monde me traverser. Aussi grande que lui, et tellement petite.

Ma sérénité perturbée, d’un coup, d’un cri clair et perçant. Je me suis retournée et je l’ai vu allongée sur le sable imbibé. Le ventre jaune de son ciré contre terre. Une petite fille refusait de bouger. Rouge de colère. Une crise pleine et entière. Sa maman excédée par son petit cinéma n’était pas implorante.

 

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Mais « Pauline » souhaitait juste vagabonder à son gré…

 

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