Visite de Saint-Malo. Dans les murs. Je n’ai pris aucun guide. Seuls les conseils des agents touristiques à propos des librairies m’accompagnent. Malheureusement, je n’ai pas eu le temps d’en visiter…

Le matin, je n’ai pas su par où m’engager pour prendre les remparts. J’ai donc pris n’importe quelle rue. Je ne pourrai plus la nommer. J’ai suivi mon instinct et les fragrances iodées. Sur mon chemin une rue m’a interpellée : « La rue du chat qui danse », je l’ai suivie et la mer s’est révélée derrière.

Comment trouver les mots pour expliquer ce que j’ai ressenti à cet instant ? Des îlots parsemés sur l’onde. Un extrême sentiment de liberté. Une liberté étendue devant moi et grandissante dans mon être. Si j’avais pu déployer mes ailes et flirter avec le vent, frôler les bâtisses fortifiées de la ville, je l’aurais fait.

J’ai eu envie de crier pour accompagner le chant des mouettes. Oui, je suis sûre qu’en Bretagne les mouettes chantent.

A défaut d’avoir des ailes, j’ai suivi les remparts à pieds. J’étais encore en hauteur, spectatrice distante d’une merveille du monde.

Pendant ma balade, j’ai rencontré Maurice (ou M.). Un vieil homme qui a beaucoup causé sur l’histoire de Saint-Malo. Il aime cette ville. Même si elle n’est pas la sienne, c’est tout comme. Notre conversation s’estompe dans mon esprit mais quelques bribes me reviennent. M. connait l’île de Guernesey, c’est très joli, surtout la maison de Victor Hugo ! (je compte bien y aller).

Nous avons parlé de chauvinisme. Puis, mon guide évoque la légende de l’hermine banche (un des fanions breton).
« Kentoc’h mervel eget bezañ saotred »ou « Plutôt la mort que la souillure ». Cette légende veut qu’un jour d’hiver, la duchesse Anne de Bretagne, assiste à la traque d’une hermine blanche. L’animal immaculé se retrouve piégé entre les chasseurs et une mare de boue. A la grande surprise de tous, l’hermine choisit de faire face à ses assaillant. Elle choisit la mort plutôt que la souillure. Anne de Bretagne, fascinée par l’animal, lui laisse la vie sauve et le prend pour emblème.

« Malouins oui, breton, c’est à voir, français pour ce qu’il en reste, européen pas du tout, mondial encore moins », un autre dicton révélé par M.

J’ai apprécié les leçons de mon guide improvisé. Notamment, l’anecdote  de la statue du corsaire Surcouf qui s’est vue dérober plusieurs fois son épée.

Mais je clos ces moments par un souvenir qui me peine particulièrement. Lorsque j’ai voulu quitter M. pour poursuivre moi-même mon expédition, le vieil homme m’a confessé qu’il fantasmait sur les femmes handicapées. Mon sang n’a fait qu’un tour mais j’ai tenté de le garder froid pour ne pas ternir cette rencontre.

Sans acculer M., je l’ai remercié pour le temps qu’il m’avait accordé. Toutefois, il m’était impossible de répondre quoi que ce fût à sa déclaration. Devant mon malaise, il a voulu se rattraper mais j’ai installé une distance suffisante pour m’éloigner et continuer seule.

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