Je me dirige vers le bus qui m’emmènera à l’auberge de jeunesse. A l’intérieur de celui-ci, un homme engage la conversation. Tout de suite, ça dérive vers mon handicap. Et les raisons attisent la curiosité. Je ne rechigne jamais à expliquer ce qui m’est arrivé. Mais je me rends compte que cet inconnu ne va pas me laisser.

Je descends du bus. Lui aussi. Il continue sa logorrhée verbale. Histoires d’écrivains, de journalistes, de médium. Je n’ai pas vraiment le temps. Mais il a l’air heureux de voir que je l’écoute. Et je me fais piéger, manger par sa parole chronophage. Il m’a aussi dérobé l’espace. Pourtant, même agacée, même ennuyée, j’ai envie de savoir où il veut aller.  Jusqu’où il veut aller pour exister. Car je crois que c’est ça, au fond. Il a dû sentir que je ne le rejetterai pas.

Il sort de son sac à dos des livres qu’il me conseille – je lui avais dit que j’aimais lire – et tout d’un coup, il me parle d’anges. Oui, un ange me suit, une femme de ma famille qui était attachée à moi. J’ai deux noms qui me viennent en tête, cependant, je ne veux pas dévier encore, j’aimerais bien arriver à l’auberge. Reprendre mon existence en mains.

Je quitte Sylvain – c’est son prénom – pour rejoindre le chemin de mon hébergement. Au fil de ma marche hésitante, je me rends compte que mon interlocuteur me suit jusqu’à l’accueil. Si bien que la réceptionniste se méprend. Elle croit que nous sommes ensemble. A ce moment, je me sens vraiment mal à l’aise. Non ! Nous ne sommes pas ensemble. J’entends Sylvain parler. Il vient pour un ami qui cherche un endroit où dormir. Je paie pour ma chambre et fonce m’y réfugier.
A travers une baie vitrée, je vois l’homme partir mais j’ai l’impression qu’il me cherche. Je m’éloigne de la fenêtre et j’attends, tout en essayant de me calmer.

Quelques minutes plus tard, je retourne à l’accueil pour tomber en larmes. « Ici, il y a beaucoup de personnes « farfelues » mais elles ne sont pas méchantes. Tout de même, j’espère ne pas revoir Sylvain demain.

 

Dans la soirée, je me suis retrouvée confrontée à ma timidité. Un groupe de jeunes était là, dehors, dans l’enceinte de l’auberge. J’ai clairement compris qu’ils se connaissaient depuis longtemps, qu’ils vivaient là. J’ai eu envie de causer, de faire connaissance mais quelque chose m’a bloquée. Une voix rassurante m’a posée une question : Est-ce vraiment mon objectif ? Faire des rencontres ?

Quand j’y réfléchis : non. Le but ultime c’est le voyage en lui-même. Profiter de tout ce que je pouvais m’offrir dans cette aventure en solo…

 

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