Le vol, je devrais dire les vols (Nice-Paris et Paris-Rennes), se sont bien passés. Ponctués de petits babillages agréables. Si agréables que les hôtesses – même le steward – fondaient littéralement sous le charme innocent des « babybouilles ». Moi aussi. Tel un boomerang, cette envie m’est littéralement revenue dans la figure tout comme le rejet qui l’accompagne. J’oublie ma pensée…

Dans l’avion, je ne suis pas assise côté hublot mais ce n’est pas grave, je vois. Des photos se perdent. Oui, je pourrais prendre mon appareil mais je n’ai pas envie. Parfois, je préfère laisser le plaisir de saisir l’instant à mes seuls yeux. Voilà, le paysage est imprimé sur ma rétine.

Un sommet de montagne enneigé perce des nuages blancs massés en océan tout autour de lui.

Chanceuse de voir ce spectacle, je me réjouis d’avoir gardé cette merveille pour moi et là, j’entends un petit « clic ». Je me retourne : une passagère indienne que j’avais déjà remarquée en embarquant prend la photo. Je souris. Peut-être fallait-il qu’elle fût la seule à saisir l’instant d’une manière aussi concrète ? Je lui ai laissé voler ma prise. Ce mouvement de captation que j’ai regardé passer, elle en a fait mon acte manqué.

Cette femme –  la jeune indienne – je vous avais déjà dit qu’elle avait frappé mon regard à l’embarquement ? Dès qu’elle est entrée dans l’avion, j’ai été éblouie par sa beauté. Pas une beauté froide, surfaite, aux lignes artificielles mais une beauté d’âme qui transparaît d’un corps.
Un teint mat qui, pour moi, reste sur la palette d’un peintre comme un savant mélange d’Asie et d’Afrique. Des yeux bruns, échos parfaits dans la couleur comme dans l’éclat de sa chevelure soutenue par je ne sais quel stratagème. Et une bouche sur laquelle on aurait posé délicatement un pétale de rose rouge. J’en ai encore le goût sur mes pupilles…

Je suis envahie de sensations, tout se bouscule devant mes yeux, dans ma tête, dans mon cœur. Je sais que mon corps entier se prépare à remonter l’ancre, je sens qu’il se prépare à vivre – tant bien que mal – une chose qu’il n’a jamais connu.

Sur mon carnet, j’ai mal écrit. Mon inspiration a travaillé en surrégime, elle a tellement débordée qu’elle est sortie de mon être telle quelle. Brute. Heureusement que l’écriture se retravaille !

Le « kenavo ar c’hentañ » de l’hôtesse accompagne mon pas pendant la descente de l’avion. Une femme à la chevelure rousse et frisée m’accueille avec un fauteuil. Son gilet orange répond à son casque qui protégeait ses oreilles.

Le soleil est-il vraiment dans le cœur des bretons ? Je pense que j’ai déjà une petite idée de la réponse mais j’espère que mon voyage me donnera de beaux indices.

Gare SNCF de Rennes

Pour venir de l’aéroport jusqu’ici, j’ai pris un taxi. Mon chauffeur a été très aimable pendant la course. Toutefois, je dois avouer que je ne suis pas très loquace. Lorsque je découvre les choses, j’aime bien être dans le silence. Sur le chemin, je regarde tout, les maisons, les arbres, les ronds-points.

A quoi je m’attends ? Je ne suis pas non plus dans un pays étranger ! Pourtant, j’ai envie de contempler comme si c’était le cas. Par ailleurs, les habitations avec leur air typique me ravissent… Je suis vraiment contente d’avoir franchi pas, l’excitation me submerge ! Je n’en reviens toujours pas d’être là, seule, dans un coin de France où je n’ai jamais mis les pieds auparavant.

Bref, on me dépose à la Gare de Rennes. Il me faut un moment pour trouver mes repères. Quand je me sens perdue, j’ai la fâcheuse tendance de tourner comme un lion en cage, non parce que je suis énervée ou quoi que ce soit mais j’ai dû mal à planifier mes actions. Dans mon cerveau ça fuse un peu partout, ça brasse beaucoup d’énergie pour pas grand-chose. C’est comme ça.

Dans les méandres de mes pensées en feu, je finis par trouver la direction qui mène aux quais et surtout à la voie 2, celle qui me mènera à Saint-Malo (c’est le but). Et qu’est-ce que je découvre ? Des marches qui me séparent de ma destination ! Avec ma grosse valise, je n’en mène pas large. En fille un peu têtue, je ne demande de l’aide à personne. Je n’ai pas le temps d’atteindre le second palier qu’un jeune homme – un très beau jeune homme – se propose. Je ne peux pas refuser ! Alors, nous faisons un échange, je m’occupe de ses pulls (et de son odeur) qu’il me donne,  pendant qu’il amène mon bagage à bon port.

Mon chevalier servant prend le même train que moi… On se croirait tout droit sorti d’un scénario de comédie romantique. Je vous rassure (ou vous déçois) tout de suite, il ne se passera rien. Arrivée, en gare de Saint-Malo, je le regarderai partir.

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