Je me suis réveillée tôt le lendemain matin et j’ai abandonné ma chambre à l’auberge de jeunesse pour rejoindre le bateau avec ma grosse valise à roulettes. J’ai pris la mer et un muffin.
A Jersey, l’escale, longue et courte à la fois. Je n’ai pas voulu me perdre en transports en commun alors je suis restée au port à attendre la deuxième traversée.

Arrivée sur l’île, j’ai pris un taxi pour aller à l’hôtel Saint George’s. Un magnifique établissement pittoresque à trois pas de la mer. J’ai quitté le taxi et baragouiner l’anglais scolaire que j’avais appris. M’emmêlant les pinceaux, mais j’ai réussi à avoir ma chambre. Cosy, « anglais ». Moquette. Et là, en m’installant, je panique. Mon appareil photo a disparu ! Je regarde partout mais rien, nulle part. Je vais voir la réceptionniste et j’essaie de lui expliquer ce qu’il se passe mais le mot « camera » ne franchit pas mes lèvres. Elle comprend néanmoins.

Et je comprends qu’elle n’a rien vu. Elle n’a rien trouvé. J’ai oublié mon appareil photo dans le taxi. Ma panique redouble. Mais la femme qui me fait face me demande si j’ai la carte de la station de taxi. En effet, le chauffeur me l’avait donné en me laissant devant l’hôtel. La réceptionniste appelle : ils ont bien trouvé un appareil photo. Le taxi est revenu avec. La réceptionniste me l’a rendu. Un maximum de reconnaissance…

 

 

Je suis en Angleterre, sur un morceau de terre perdu entre les flots. Mais quel morceau ! Saint Peter Port est accueillante. Malgré le vent, la pluie, les gens vous sourient, vous saluent et vous parlent.

It’s windy today

Il y a quelque chose dans les pays plus au nord que nous n’avons pas ici, dans le sud. Je ne me suis méfiée d’aucun regard, de personne. C’est fou comme on se méfie des gens. Notre société est angoissante, elle est angoissée. Elle a peur qu’on atteinte à son corps, à ses biens.

A Guernesey, j’ai eu confiance. J’ai fait confiance à la vie. Le lendemain, je suis entrée dans la voiture d’un inconnu qui m’a proposé de me déposer devant la demeure de Victor Hugo. Je lui avais demandé où elle se trouvait et il m’avait demandé si je voulais être conduite. J’avais refusé et j’ai monté la pente, même pas arrivée à mi-chemin, le jeune homme m’a rejointe en voiture et j’ai accepté qu’il m’amène jusqu’en haut !

Malgré mon « good evening » mal accentué, j’ai remercié, le bonheur au cœur. Tant pis si c’était pas la bonne saison pour visiter la maison de Victor Hugo. J’ai tout de même un petit regret, ne pas avoir osé parler plus, pour créer autre chose. J’ai hésité à quitter cette voiture, cherchant à lui rendre sa gentillesse mais je suis descendue.

Quel prénom l’incarnait ? Lui donnait vie ? Je ne le saurai jamais.

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